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Press Release
LE MONDE , 16 January 2006 Myl?ne Farmer: fantasmagorie ? Bercy Par Sylvain Siclier Lentement le rideau se referme. Plus exactement les filaments d'eau qui le composent se rapprochent. Et Mylène Farmer, sur le final instrumental de la chanson Avant que l'ombre... commence à monter les marches, en fond de scène, avec dans son sillage la traîne d'une robe rouge. Puis cette eau se transforme en une silhouette, liquide, "vivante", celle de la chanteuse. Le public du Palais omnisports de Paris-Bercy, samedi 14 janvier, fait des "oh !", des "ah !". A mi-parcours, Mylène Farmer, la vraie, laisse tomber sa robe, et continue son ascension, happée dans un halo de lumières. Depuis le début des années 1980, les grands concerts rock et pop soignent leurs mises en scène. Pour les sorties, on y vient. Celle-là, dont on n'a livré ici que quelques éléments, place la barre très haut. D'autant que le début d'"Avant que l'ombre à Bercy", quatrième spectacle de Mylène Farmer en plus de vingt ans de carrière, a aussi livré, durant l'introduction de Peut-être toi, son lot de surprises et d'étonnements. Juste pour allécher, six officiants portent un cylindre de verre venu du ciel. Mylène Farmer, en tenue dorée de princesse barbare, ouvre les yeux et s'en extrait. De l'arrivée prenante à la superbe sortie, chacune de la vingtaine de chansons au répertoire du concert aligne une ou deux, parfois trois, bonnes idées de mise en espace, en son, en lumières. Cela pourrait lasser à force de trop solliciter l'oeil et l'oreille — certains titres bénéficient d'effets "surround" qui se déplacent dans la salle. Mais Mylène Farmer 2006 ne se laisse pas dépasser par ce gigantisme, l'un des travers de certains moments de ses deux précédents spectacles. Même pour des tableaux réglés à la seconde, elle ne semble pas contrainte par ces effets de scène. Le recours aux gros plans sur écrans est dosé, ce qui favorise un regard global sur le spectacle. Il vaut d'ailleurs mieux le voir depuis les gradins, pour mieux en apprécier une partie des événements visuels. APPARITIONS ET DISPARITIONS La précédente tournée de la chanteuse, "Mylenium Tour", s'était terminée en mars 2000. Presque six ans d'absence scénique rattrapée en plus de deux heures d'apparitions et disparitions, virevoltes chorégraphiées (Sans contrefaçon, Je t'aime mélancolie), envols (Ange, parle-moi), intermèdes, moments d'intimité (Redonne moi, Rêver, Ainsi soit-je) ou de communion dansante de la salle avec "son" artiste (C'est une belle journée, Désenchantée) que Bercy devrait vivre, soir après soir, jusqu'au 29 janvier. Dans la fosse, il y a une autre scène, en forme de croix de Malte. De changements de costumes dus à Frank Sorbier (une robe de voile bleutée, un ensemble pourpre, un délicieux deux-pièces noir...) en déplacements avec danseuses (les huit sont venues de New York) et danseurs (sept Espagnols, flamenco-claquette), Mylène Farmer va de l'une à l'autre, sur un pont ou par les airs. La croix sert aussi d'écran de projection. Vitraux colorés, marelle, images d'Alain Escalle, dont une vidéo évoquant une catastrophe nucléaire est projetée en première partie. L'assurance vocale dont témoignait le sixième album studio de Mylène Farmer, Avant que l'ombre... (Le Monde du 12 avril 2005), est confirmée. Une bonne partie des titres du disque est au programme. Et notamment une belle version de Dans les rues de Londres, l'électrisant Q.I., fait pour la scène, Nobody Knows. Mylène Farmer contrôle l'émission de poitrine et celle de tête, tient son souffle, vocalement détendue. L'orchestre (les guitaristes Perry Gwynedd et Milton McDonald, le bassiste Paul Bushnell, Eric Chevalier aux claviers, le percussionniste Nicolas Montazaud, les choristes Esther et Johanna), mené par le pianiste Yvan Cassar, a des finesses bienvenues. Et le batteur Abraham Laboriel Jr., qu'on a entendu plus mécanique, se révèle fluide. Il chantera Les Mots avec Mylène Farmer. Elle, de bout en bout du spectacle, est rieuse — même lorsqu'elle accroche sur le démarrage d'une chanson —, en forme, conquérante. Treize concerts à guichets fermés du 13 au 29 janvier, 170 000 places vendues (de 54 euros dans la fosse à 132 euros aux meilleurs sièges en gradins), et ensuite ce sera fini. Contrairement à ceux de 1989, 1996 et 1999-2000, le spectacle ne tournera pas. Cette inventive fantasmagorie a été conçue exclusivement pour l'appareillage technique et le volume que seul offre Bercy, par Mylène Farmer et Laurent Boutonnat — l'homme des musiques et des vidéo-clips de la chanteuse — et scénographiée par Mark Fisher — les Rolling Stones, U2, le gala d'ouverture du Mondial annulé (Le Monde daté 15-16 janvier). Il faudra donc attendre la probable parution d'un DVD souvenir pour revivre ou découvrir ce qui, à ce jour, est l'entreprise la plus ambitieuse menée par une chanteuse en France. |